spartan_logo_bannerLa grande nouvelle du week-end dernier est la disparition soudaine de Spartan Games. L'annonce a été publiée vendredi dernier et est disponible ici.

C'est paradoxal car la mort de cet éditeur, étant donné le nombre de ses erreurs (on y reviendra plus loin), n'est pas une surprise. Mais cette annonce a pris de court tout son monde. On pouvait en effet penser que l'agonie serait longue et l'éditeur ne présentait aucun signe précurseur de sa disparition. Un KS Dystopian Wars était en effet en cours de livraison, un autre KS dédié à Firestorm Armada était en cours de financement (cela progressait péniblement mais cela allait être financé), le jeu de plateau Firestorm Strike Force était en pré-commande et sur le forum Spartan Neil, le PDG de la boite, continuait à abreuver les fans de ses mensonges habituels à propos de tout ce qu'il comptait faire pour Planetfall.

the_uncharted_seas

Jusque dans sa mort Spartan Games aura donc continué dans ses erreurs. La première d'entre étant de mentir continuellement à ses clients. Comment voir cela autrement puisque l'annonce dit clairement que les problèmes rencontrés datent d'il y a plusieurs mois. L'éditeur savait donc parfaitement que le KS Firestorm Armada et surtout la pré-commande du jeu de plateau risquait fort de se terminer mal.

Mais revenons un peu sur le parcours de cette entreprise anglaise créée en 2008 et qui s'est lancée sur le marché avec The Uncharted Seas. Sans être parfait, le jeu proposait des règles efficaces (et très amusantes en particulier grâce aux 6 explosifs) et il se plaçait surtout sur un marché original et vierge de concurrence : la bataille navale fantastique où seul Man O'War avait brillé en son temps. Le succès était rapidement au rendez-vous ce qui permettra à l'éditeur de lancer Firestorm Armada, un jeu de bataille spatial, et Dystopian Wars, un jeu de bataille navale steampunk.

Jusqu'ici les choses allaient plutôt bien. La boite est jeune et on lui pardonnait encore facilement les nombreux retards et les annonces d'extensions (campagnes et autres scénarios) non tenues. Mais petit à petit les choses devaient se dégrader.

dystopian_wars

Cela commencera par le sabordage en règle de The Uncharted Seas (vous en trouverez le détail à la fin de ma revue du jeu sur la Tribune de la Baie des Crocs). C'est à ce moment là que j'ai ouvert les yeux sur la politique de l'éditeur qui continuait à se cacher derrière son statut de petite boite qui débutait et qui n'avait pas beaucoup de moyens (une excuse qui peut fonctionner au début mais qui ne peut que lasser au bout de quelques années). Amusez-vous à lire mes notes sur The Uncharted Seas depuis le début jusqu'à aujourd'hui et vous verrez nettement mon ton changer au fil du temps passant du fanboyisme de base à l'agacement pour finir sur des critiques toujours plus acerbes.

En réalité, Spartan Games était lancée dans une fuite en avant sans fin. L'éditeur passait en effet son temps à lancer de nouveaux projets (Armoured Clash, jeu de bataille terreste à très grande échelle dans l'univers de Dytopian, Dystopian Legions, un jeu de grosse escarmouche, Planetfall, un jeu de bataille terrestre à grande échelle dans l'univers de Firestorm Armada, achat de la licence Halo et lancement de deux jeux sur ce thème, etc.) plutôt que de consolider l'existant.

firestorm_armada

Si au début cette fuite en avant est passée relativement inaperçue auprès des fans, petit à petit la multiplication des projets, dont un grand nombre n'ont eu aucun avenir, a fini par soulevé les inquiétudes jusqu'à provoquer de véritables tollés. La gamme de jeux était devenue si importante que même les grosses cylindrées telles que Dystopian Wars et Firestorm Armada pouvaient passer de très longs mois, voire une année complète, sans recevoir de véritables nouveautés.

Face aux inquiétudes de ses clients, Spartan Games ne savait réagir que de deux façons : en faisant des annonces rarement suivies de faits et en lançant, à la surprise au début puis à la consternation générale à la fin, de nouveaux projets (un KS catastrophique de décors - moches - ou encore un nouveau jeu de masse dans l'univers de Dystopian Wars).

planetfall

Au fil des années, Spartan Games a épuisé la confiance de ses clients : promesses non tenues, jeux abandonnées en cours de route (The Uncharted Seas n'était que le premier à subir ce sort, il a rapidement été suivi d'Armoured Clash - certes gratuit mais quand même, de Firestorm Invasion - l'ancêtre de Planetfall, abandonné malgré la sortie de deux armées - et de Dystopian Legions dont il aura fallu attendre la faillite de l'éditeur pour apprendre qu'il n'était pas laissé temporairement de côté comme annoncé mais qu'il avait bien été arrêté), communication défaillante à tous les niveaux (blog laissé à l'abandon, com' erratique sur le forum officiel dont l'ambiance a fini par tourner au vinaigre, éparpillement entre forum, blog et réseaux sociaux, etc.).

Plus le temps passait, plus il apparaîssait évident que Spartan Games était très fort pour pondre des règles efficaces et des figurines plutôt sympa mais qu'il était incapable de faire vivre un jeu dans le temps particulièrement en développant son univers. Celui de The Uncharted Seas est à pleurer tellement il a peu d'intérêt, celui de Dystopian Wars aurait pu être intéressant s'il n'était pas une simple copie de la Seconde Guerre Mondiale et s'il ne comptait pas autant de détails aberrants (en 1870, le symbole de la russie Tsariste est l'Etoile Rouge, celui de la République Française est la Fleur de Lys et l'Egypte musulmane utilise des navires rappelant la grande époque des Pharaons ! Oo) et celui de Firestorm Armada reste assez flou.

halo

Pire encore, l'éditeur était incapable d'exploiter les synergies possibles entre ses jeux : le lien entre Firestorm Armada (bataille spatiale) et Planetfall (bataille terrestre) fut à peine esquissé et petit à petit Dystopian Wars a perdu sa composante terrestre qui faisait une partie de son originalité (il était en effet possible de jouer au cours d'une même partie des batailles navales et terrestre).

C'est pour cette raison que l'annonce de l'achat de la licence Halo, malgré la poursuite de la dispersion de la gamme de ses jeux, pouvait apparaître en son temps comme une bonne nouvelle. Nul besoin de travailler le fluff, Spartan Games n'avait qu'à produire des règles et des figurines. Mais même là l'éditeur a échoué en raréfiant les sorties et en ratant complètement sa campagne de com'.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les erreurs de Spartan Games mais je crois qu'il n'est pas forcément utile de perdre plus de temps sur ce sujet. Sa disparition laisse sur le carreau des employés et des clients (dont certains ne verront pas la couleur de leur commande ou de leur KS) et c'est là bien triste. :(

dystopian_legions

C'est un énorme gâchis car l'éditeur avait de l'or entre les mains et aurait pu s'imposer comme un grand nom du marché.

Quel est aujourd'hui l'avenir des jeux Spartan Games ?

On peut se poser la question lorsqu'on voit certains jeux continuer leur chemin après leur abandon, je pense bien entendu à Epic Armageddon ou encore Warmaster mais il y en a d'autres.

Personnellement je crois que cet avenir est sombre. Si Spartan Games a échoué c'est en partie parce qu'il a été incapable d'insuffler une âme à ses jeux. Cette âme est non seulement constituée par de bonnes règles et de belles figurines (jusqu'ici tout va bien) mais aussi par un univers réussi et des souvenirs de campagnes et de scénarios épiques (ce qui est complètement absent des jeux SG).

Des jeux sans âme sont condamnés à disparaître et je crains que c'est tout ce qui attend les jeux Spartan Games.

Malgré tout la résistance va tenter de s'organiser sur le Spartan Forum, le forum francophone des jeux Spartan Games. On verra bien où tout cela pourra mener...

Personnellement je continuerai à faire vivre The Uncharted Seas au niveau local. Je n'ai nulle autre ambition concernant ce jeu dont je possède une solide collection et qui me permettra de m'éclater dans l'univers de Warhammer (et surtout pas dans son univers d'origine).

Spartan Games aurait pu être une belle aventure, elle se termine en un échec cuisant qui, je l'espère, montrera à ses concurrents tout ce qu'il ne faut pas faire...